C'est avec de l'étonnement et un peu de tristesse, qu'on apprend aujourd'hui la mort d'un des pères fondateurs du hip-hop et du créateur de la Zulu Nation, Afrika Bambaataa, à l'âge de 68 ans seulement. Une mort précoce qui touche l'un des piliers de la culture hip-hop, qui a connu beaucoup de pertes dernièrement, mais c'est cette fois une partie des fondations du mouvement qui s'écroule avec ce décès qui, d'après le site d'informations TMZ, aurait été causé par un cancer, dans la nuit du 8 au 9 avril.
Parler d'Afrika Bambaataa, c'est nous ramener aux racines même du hip-hop, lui qui est né dans le Bronx, et qui a commencé à organiser et animer les fameuses "block parties" dans lesquelles le mouvement a émergé, pendant les années 70. Certains disent qu'il est le premier à l'avoir fait, d'autres, le second après DJ Kool Herc, mais ce qui compe, c'est que Lance Taylor, le vrai nom d'Afrika Bambaataa, était un vrai pionnier. Ancien membre de gang, la légende dit qu'il a ouvert les yeux après un voyage en Afrique, très inspiré par le peuple Zulu, et a fini par changer complètement son fusil d'épaule en propageant par la suite un message positif, pacifiste et d'émancipation pour les jeunes Noirs du monde entier, en fondant la "Zulu Nation".
Car en plus d'être un artiste, à la fois rappeur, producteur, et DJ, lui qui a aussi sorti des singles et des albums, en solo ou en groupe, Afrika Bambaataa était aussi un penseur, ancien membre de gang et activiste politique. Un vrai, qui a inspiré des milliers de gens, en faisant voyager le mouvement hip-hop, qu'il voyait comme un moyen de s'éloigner de la violence des gangs et de la rue, et de créer des ponts entre les jeunes noirs du monde entier, jusqu'en France, où des artistes comme MC Solaar ont été très influencés par son discours.
Cependant, l'héritage d'Afrika Bambaataa a été très terni, ces dernières années, par de très nombreuses accusations d'agression sexuelles sur plusieurs de ses disciples, dont certains étaient très jeunes. Depuis 2016, les témoignages qui affirment que l'homme a abusé de nombreuses victimes se sont multipliés, et il a même fini par perdre un procès en civil en mai 2025, procès auquel il ne s'était pas rendu. En France, le rappeur Solo, membre historique d'Assassin, expliquait dans son autobiographie mais aussi en interview qu'il avait été abusé sexuellement par Lance Taylor, alors qu'il n'avait que 17 ans.
Bref, un personnage très controversé, qui a participé à la création du mouvement hip-hop et sans lequel on ne serait probablement pas là aujourd'hui. Cependant, impossible de passer sous silence les horreurs infligées à tant de jeunes pendant des années, eux qui étaient trop fascinés et impressionnés par l'aura d'Afrika Bambaataa pour parler des abus. Et honte à ceux qui, comme Melle Mel, ont gardé tout ça sous silence alors qu'ils savaient ce qui se passait...
























