NTM condamné à de la prison ferme pour un concert : l'histoire du procès qui a fait trembler le rap français

NTM condamné à de la prison ferme pour un concert : l'histoire du procès qui a fait trembler le rap français
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Le 14 novembre 1996, le tribunal de Toulon condamne JoeyStarr et Kool Shen à trois mois de prison ferme pour des propos tenus sur scène contre la police. Une première en France. Retour sur une affaire devenue un symbole.

Aucun vol, aucune bagarre, aucune dégradation ce soir-là. Et pourtant, un concert de rap va finir devant la justice et faire la une de tous les journaux. Au milieu des années 1990, Suprême NTM est le groupe le plus redouté de France.

Le procès de 1996 va en faire une légende.

Un 14 juillet dans le Var

Le 14 juillet 1995, NTM se produit à La Seyne-sur-Mer, dans le Var. Le contexte est explosif : quelques semaines plus tôt, le Front national a remporté plusieurs mairies de la région, dont Toulon. Le concert est organisé par SOS Racisme, en signe de protestation.

Sur scène, avant d'attaquer leur morceau "Police", JoeyStarr et Kool Shen interpellent les forces de l'ordre présentes et les insultent copieusement. Rien de nouveau pour le groupe, qui assume depuis toujours une hostilité frontale envers la police. Le morceau figurait déjà sur l'album "J'appuie sur la gâchette" en 1993, qui avait valu au duo une première convocation.

Le jugement qui choque

Cette fois, des syndicats de policiers portent plainte. Le 14 novembre 1996, le tribunal correctionnel de Toulon condamne Didier Morville et Bruno Lopes, alias JoeyStarr et Kool Shen, à six mois de prison dont trois ferme, et à six mois d'interdiction d'exercer leur métier de chanteurs, pour outrage à personnes dépositaires de l'autorité publique.

C'est la première fois qu'un groupe de rap est condamné pour des paroles prononcées sur scène.

La sanction est jugée démesurée par une grande partie de l'opinion, y compris par des observateurs juridiques, qui pointent le contexte politique très tendu du Var. Une vague de soutien déferle sur le groupe, bien au-delà du monde du rap. À l'Assemblée nationale, un député avait même interpellé le ministre de la Culture pour dénoncer le groupe quelques mois plus tôt.

Un appel… et une récidive

Le 23 juin 1997, la cour d'appel d'Aix-en-Provence réduit la peine : deux mois de prison avec sursis et 25 000 francs d'amende chacun. Les deux rappeurs échappent à la prison. Et quelques jours plus tard, lors d'un festival à Paris, NTM fait reprendre à la foule son slogan anti-police, doigt levé. Le message est clair : pas question de se taire.

L'affaire a renforcé l'aura du groupe, qui publie en 1998 l'album de la consécration, "Suprême NTM", avec "Ma Benz" et "That's My People". Elle reste aussi un jalon du débat sur la liberté d'expression des artistes. Pour une génération, NTM est devenu ce jour-là bien plus qu'un groupe : un étendard.