R2 : "Je prends toujours les choses de la même manière, plaisir avant tout"

R2 : "Je prends toujours les choses de la même manière, plaisir avant tout"

A l'occasion de la sortie de son projet "Hyepractif", R2 s'est confié sur l'antenne de Générations. Album, ambitions, parcours, et même football, celui qui est un des rappeurs les plus chauds du moment n'a esquivé aucune question.

En l’espace d’un an, R2 est passé du statut de rookie observé de près à celui d’artiste qui s’installe durablement dans le paysage du rap français. Porté par l’explosion de Ruinart et par la sortie de son projet ACTIF, récemment prolongé par HYPERACTIF, le rappeur originaire du 9.1 s’est confié sur Générations avec lucidité, recul et une sincérité désarmante. 

"Je ne me suis jamais dit : là, c’est sérieux"

Souvent présenté comme une révélation, R2 refuse pourtant l’idée d’un moment charnière qui aurait tout changé.

Je ne me suis jamais vraiment dit "là, c’est sérieux". Je prends toujours les choses de la même manière.

Pour lui, la prise de conscience ne vient pas directement de la musique, mais de ce qui gravite autour. Les interviews, le regard des gens, le fait de revenir sur une antenne comme Générations un an plus tard et de mesurer tout ce qui s’est construit entre-temps.

Quand tu reviens ici un an après et que tu vois ce que t’as derrière toi, là tu te dis quand même que t’as parcouru un chemin, qu’il y a une carrière.

Mais malgré cette évolution, son état d’esprit reste inchangé : "plaisir avant tout". Une ligne de conduite qu’il s’impose comme un garde-fou. 

Du foot au rap, sans plan préétabli

Avant la musique, R2 se voyait footballeur. Le rap n’était pas un rêve clairement défini, mais une passion latente, nourrie par l’observation.

J’ai toujours aimé la musique. Je regardais beaucoup d’interviews, d’émissions autour du rap, je voulais comprendre comment ça fonctionnait.

À force de voir des jeunes de son âge évoluer dans ce milieu, parfois croisés dans les transports, une idée s’installe. Une forme d’émulation naît. Puis, en terminale, il prend une décision presque instinctive : se lancer. Un choix sans calcul, mais déterminant, qu’il regarde aujourd’hui avec un certain soulagement. 

ACTIF, un état d’esprit plus qu’un titre

Longtemps teasé comme le « Projet de l’année », ACTIF n’a pourtant jamais changé de nom dans l’esprit de R2. "Projet de l’année, c’était juste une manière de faire réagir. ACTIF, c’était le vrai nom depuis le début." Une stratégie pensée pour susciter la curiosité, notamment via TikTok, sans même que le projet ne soit totalement finalisé à l’époque. Derrière le teasing, ACTIF incarne surtout une énergie, une manière de travailler. 

C’est une mixtape de moods. J’ai essayé de capturer des émotions sur l’instant

Pas de concept figé, mais des ressentis bruts, retranscrits selon l’ambiance des sessions, l’état d’esprit du moment, les échanges en studio. 

Le 9.1 comme repère intime

Si le 9.1 revient sans cesse dans ses textes, ce n’est ni un gimmick ni une posture. "C’est là que j’ai grandi, que j’ai vécu mon adolescence et mon début de vie d’adulte." Entre 15 et 22 ans, tout s’est construit là-bas : les amitiés, les souvenirs, les premières ambitions.

Ses relations les plus vraies y sont ancrées, tout comme ses débuts dans la musique. Un territoire qu’il revendique naturellement, comme un socle identitaire impossible à dissocier de son parcours. 

Trois mots pour résumer un projet

Pour décrire ACTIF, R2 va à l’essentiel : "Spontané, vrai, pétard." Une formule simple, mais révélatrice d’un projet sans filtre, pensé dans l’urgence du ressenti plus que dans la recherche de perfection. 

HYPERACTIF, la continuité évidente

À peine ACTIF sorti, R2 annonce déjà HYPERACTIF. Une rapidité qui pourrait surprendre, mais qui s’inscrit dans une logique assumée.

En vrai, le vrai projet, c’est HYPERACTIF. ACTIF, c’est une partie que je donne.

Pensé dès le départ comme un ensemble, HYPERACTIF représente l’aboutissement du projet, mais aussi une manière de traduire son besoin constant de créer, d’enchaîner, de rester en mouvement. Une stratégie cohérente avec son identité artistique. 

Trouver son son

Difficile pour R2 de résumer son univers en un seul morceau. Pourtant, un titre s’impose.

Pas le choix, c’est moi.

Un morceau où se mêlent mélancolie, mélodie et une dimension ambiançante. Une histoire intime, mais abordée sans se prendre trop au sérieux. « Il y a tout dedans, c’est vraiment ce qui me correspond aujourd’hui. » 

Ruinart, le raz-de-marée

Avec Ruinart, R2 franchit un cap inattendu. Un succès qu’il n’a jamais anticipé.

Tu peux jamais prévoir un truc comme ça.

Le morceau devient un phénomène, parfois même envahissant, mais il garde du recul face à l’engouement.

Je ne peux pas en vouloir aux gens.

Un hit qui ne modifie pas sa manière de créer, mais qui confirme que son univers touche désormais un public bien plus large.

 Les feats, une question de respect et de timing

Les collaborations n’ont pas toujours été évidentes. "Au début, personne ne voulait parier sur moi". Demander un feat, c’était demander à quelqu’un de croire en lui. Peu l’ont fait. Aujourd’hui, la dynamique a changé. Les collaborations avec Timar, Niska ou Gims se sont construites naturellement, chacune avec sa propre relation. "

Timar, c’est vraiment le bro. Niska, c’est un respect mutuel.

Des liens humains avant tout, indispensables pour que la musique fonctionne. 

La scène, un autre test

Son premier concert face à un public nombreux reste un moment marquant. "J’avais un trac énorme". Un stress qui disparaît dès que la musique démarre. "Une fois sur scène, tu donnes tout". Voir le public reprendre ses textes devient alors une confirmation.

J’étais content. Ça veut dire qu’on fait ça pour quelque chose.

Toujours aller de l’avant

L’annonce de La Cigale représente une étape symbolique, mais sans bouleverser sa vision. « Mon public, je le rencontre tout le temps. » Pour R2, la musique reste avant tout une histoire de lien, de proximité, que ce soit dans une petite salle, un festival ou à travers les réseaux.

Un message au petit Rayan

En regardant en arrière, R2 s’adresse au jeune Rayan du 9.1.

Je lui dirais de profiter avec ses potes. De ne pas lâcher.

Un conseil empreint de lucidité, conscient que le temps, la liberté et l’insouciance se raréfient à mesure que la trajectoire s’accélère. Une chose, en revanche, reste intacte : cette volonté de rester actif, sincère, et fidèle à lui-même.

Entre lucidité et instinct, R2 avance sans se presser, porté par le plaisir et l’envie de créer. Du 9.1 aux scènes de plus en plus grandes, il refuse les raccourcis et préfère construire, étape par étape, une trajectoire qui lui ressemble. ACTIF puis HYPERACTIF confirment un artiste en mouvement constant, conscient de ce qu’il vit, mais surtout déterminé à rester vrai — et ACTIF — quoi qu’il arrive. 



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