Le destin aura été bien cruel avec le rap français la semaine dernière. Après le décès inattendu de Dooz Kawa, c'est cette fois un vrai géant de l'histoire du rap français qui nous quitte, en la personne de Calbo. Le rappeur du 95, de Villiers-le-Bel plus précisément, moitié du groupe Ärsenik et membre du Secteur Ä, est décédé à l'âge de 53 ans seulement, dans des circonstances qui restent floues pour le moment. Evidemment, c'est une perte immense pour le rap français, et les hommages pleuvent de la part de nombreux artistes.
Car Calbo a marqué toute une génération d'auditeurs de rap français, en compagnie de son frère Lino avec qui il formait le duo Ärsenik, tout simplement un des meilleurs groupes de l'histoire de notre musique. Un groupe mis en lumière grâce à leur entrée dans le mythique Secteur Ä et au visionnaire Kenzy. C'est grâce à lui qu'Ärsenik fera son rentrée sur le devant de la scène Hip Hop en France, via la compilation "Hostile Hip Hop" et leur titre "L'Enfer remonte à la surface", l'autre compilation mythique "L 432", et enfin, le premier album d'Ärsenik, "Quelques Gouttes Suffisent...", tout simplement un des meilleurs albums de l'histoire du rap français (même Fianso le disait il y a quelques mois). Mais au-delà du son, les deux frères d'Ärsenik ont imposé une véritable imagerie dans la tête de tous le public rap. Une imagerie banlieusarde, des gars cultivés, déterminés, drôles aussi (ça taillait sec), toujours en Lacoste, dont ils finiront d'ailleurs par devenir égéries (et franchement, c'est bien plus logique que Roméo Elvis ou Moha La Squale...).
Il aura également fait partie de l'aventure Bisso Na Bisso, qui sont les premiers à avoir ramené des vibes africaines, et plus particulièrement congolaises, dans la musique en France, à la fin des années 90, bien avant l'afro-trap ou la rumba actuellement omniprésente. Bref, un véritable activiste du Hip Hop, qui animait même des ateliers d'écriture, et qui aura connu le rap français à quasiment chaque étape de son développement. Mais Calbo, ça n'est pas qu'un monument historique : c'était aussi, et avant tout, un putain de rappeur. A une époque où le terme "punchline" était utilisé correctement (pas comme aujourd'hui, avec des lignes toutes plates sans aucun fond...), les deux frères Calbo et Lino faisaient partie des meilleurs "puncheurs".
On se souvient notamment de belles "bagarres" au micro avec le groupe Lunatic, de la même génération qu'eux, par exemple. Mais aussi, dans une humeur beaucoup plus joyeuse, avec Doc Gyneco sur "Affaire de famille". Un titre qui colle décidément très bien à Calbo, lui qui a longtemps travaillé "en famille", au sens propre du terme, puis au sens un peu plus large, avec son équipe de gars sûrs du 95. Une vraie légende du rap français, qui "boxait avec les mots" comme peu d'autres rappeurs, avec cette science de la rime et des allitérations. On adresse évidemment nos plus sincères condoléances à ses proches et à sa famille, en particulier à Lino, qui doit être dévasté en ce moment, lui qui aurait aussi perdu sa grande sœur il y a quelques mois.
J'ai hérité d'la violence, ça afflue sur mes compositions,
Qui prétend faire du rap sans prendre position ?
Je viens de raccrocher avec Lino. Je réitère mes condoléances. On a perdu un Grand monsieur du rap et un Grand frère de la vie. Au-delà de ses accomplissements rappologiques , je retiens toute la Force et la positivité qu’il a transmis au fil des années à ma génération et aux… pic.twitter.com/76igwUaa0p
— ROHFF (@rohff) January 4, 2026
























