"Ouest Side" fête ses 20 ans : l'acte de naissance du gangsta rap à la française

"Ouest Side" fête ses 20 ans : l'acte de naissance du gangsta rap à la française

Il y a 20 ans, Booba sortait un des albums de rap français les plus marquants des années 2000 avec "Ouest Side", dans lequel il assumait pleinement son côté provocateur et outrancier.

La discographie du rap français est peuplée d'albums emblématiques qui ont fait passer cette musique dans une autre dimension. Et parmi tous ces disques qu'on peut nommer comme étant des classiques, certains sont même allés chercher encore un cran au-dessus, en arrivant à intégrer la culture populaire. Et parmi eux on peut évidemment citer "Ouest Side", de Booba. Sorti le 13 février 2006, l'album fête ses 20 ans cette année, et c'est l'occasion ou jamais de se replonger dans ce classique qui a baffé toute une génération de rappeurs et d'auditeurs, une claque dont le rap français ne se remettra jamais vraiment.

Une posture Gangsta assumée

Ce qu'il faut comprendre, c'est que lorsque "Ouest Side" sorte, on est au milieu des années 2000 dans un contexte très particulier. 50 Cent domine le rap mondial et redonne un nouvel élan au gangsta rap, avec une imagerie très forte. Gros bras, gros pecs, vécu de fou, survivant d'une fusillade, intuable, clashe tous ses rivaux, mais est autant capable de nous faire des bangers bien streets que des tubes pour la radio. Et Booba, en élève appliqué, a bien retenu la leçon et va importer tous ces codes en France.

Sur "Ouest Side", finie, la "conscience" qu'on pouvait trouver dans ses textes avec Lunatic, sur "Temps Mort", et même encore sur "Panthéon" ou "Autopsie vol.1". La mission, c'est choquer la France, en rapportant plus de vulgarité, plus d'egotrip, plus de "bêtise" apparente (derrière laquelle se cache en fait une réflexion folle pour changer l'image de son personnage), et aussi plus de célébration de tout l'aspect réussite/aisance matérielle. On peut le voir dans le clip de "Boulbi", qui emprunte pas mal d'idées à la culture des clubs dans le sud des States.

Ou encore dans "Garde la pêche", premier single de l'album, dans lequel on retrouve pas mal de métaphores sexuelles assez bien faites, annonciatrices de la couleur de l'album à venir. Booba n'encule pas tout le rap game, ce serait trop facile: il préfère dire "les rappeurs ont le cul gercé depuis que j'exerce". Cette attitude volontairement gangsta, provocatrice, vulgaire, et surtout très arrogante, on la retrouvera sur tout l'album, et dans plusieurs disques futurs, de lui ou d'autres rappeurs français inspirés par l'imagerie "gangsta".

Des prises de risques énormes sur les prods

Deuxième aspect qui fait de ce disque quelque chose d'historique, ce sont les prises de risques dans le choix des prods. Visiblement un peu saoulé par le "boom bap" à la new-yorkaise sur lequel il rappait dans les 90's, Booba a fait appel à ce qui se faisait de mieux en terme de producteurs à l'époque, pour donner à son album un aspect moderne. Et ça s'entend dès l'intro, "Mauvais Garçon", avec cette instru qui se rapproche de celles du dirty south

Des sonorités sudistes qu'on peut retrouver dans "Boulbi", mais Kopp ne s'est pas arrêté à ça, loin de là. Il est allé puiser dans toutes les sources d'inspiration, parfois même jusqu'au Moyen-Âge pour les sonorités comme pour l'instru de "Le Duc de Boulogne", morceau parmi les plus légendaires de sa discographie. On trouve même du rock, sur "Couleur Ebène", avec une instru signée par le regretté DJ Mehdi, ou encore du reggae pour "Au bout des rêves". Même si l'instru qui est rentrée le plus loin dans la légende, c'est "Pitbull", avec ce sample remanié de "Mistral Gagnant". 

Des punchlines et des morceaux qui rentrent dans l'histoire

On va d'ailleurs reparler de "Pitbull", qui est probablement le morceau le plus classique/légendaire de tout l'album. Un titre qui est quasiment devenu un hymne, joué dans presque tous les concerts de Kopp, qui concentre tous les ingrédients qui ont fait le succès de "Ouest Side", avec des punchlines très bien senties, beaucoup plus subtiles que leur côté "bourrin" ne le sous entend. La métaphore canine avec "pitbull/ la vie est une chienne", "la richesse est dans nos cœurs, mon cul, moi j'veux de l'oseille", et évidemment, "Devant les profs j'faisais des grimaces en tirant sur mon oinj Car on m'a dit en classe que l'Homme venait du singe".

Des punchlines légendaires dans tous les sens, sur chaque morceau de l'album, ce qui fait que chaque titre a quelque chose qui vous frappe l'esprit et dont vous vous rappelez pendant un moment. Des références à l'esclavage, à l'argent facile, au fait que les humains sont tous horribles et que s'il faut leur tirer dessus pour s'en sortir, alors let's go. Finalement, avec son gangsta rap à la française, Booba dépeint un portrait bien cynique de la société, le tout, avec beaucoup d'humour et d'arrogance, et moins d'amertume qu'à l'époque Lunatic.

Il n'y a rien à retirer sur "Ouest Side". Peut-être des morceaux un peu moins marquants, comme "Gun In Hand" avec Akon, mais ça reste de très bons morceaux, et le projet regorge surtout de petites pépites qu'on adore redécouvrir des années plus tard. "Je me souviens" avec le tout jeune Kennedy, "Ouais Ouais" avec Mac Tyer, "Au fond de la classe" avec les gars sûrs d'Intouchable, "Le météore", bref, rien à jeter. Et surtout, l'album a une place centrale dans sa discographie, il annonce la personne que Kopp va devenir plus tard : agressif, dominateur dans le game, multipliant les piques, clairement ce disque est le début de quelque chose !



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