Un héritage africain revendiqué
Invité d’un podcast culturel, Seun Kuti n’a pas mâché ses mots. Pour le musicien nigérian, le rap ne serait pas né ex nihilo dans le Bronx des années 1970, mais s’inscrirait dans une tradition orale et musicale bien plus ancienne, profondément ancrée en Afrique de l’Ouest. Il cite notamment Fela Kuti, son père, comme un précurseur ayant développé des formes de spoken word rythmées, engagées et politiques, soutenues par des grooves répétitifs — des éléments aujourd’hui centraux dans le rap.
Selon Seun Kuti, les longues tirades chantées-parlées de Fela, son rapport frontal au pouvoir et son usage de la musique comme arme politique auraient inspiré, consciemment ou non, l’ADN du hip-hop moderne.
🗣️ Seun Kuti says Fela was the first Nigerian Act to rap, in “Authority Stealing”:
— 𝗔𝗟𝗕𝗨𝗠 𝗧𝗔𝗟𝗞𝗦 📀 (@AlbumTalksHQ) January 17, 2026
"Fela was the first person to rap. When he did it, we didn't know it would be called 'Rap.'" pic.twitter.com/iaJZc8jTUL
Fela Kuti et le spoken word avant l’heure
Dans les années 1970, Fela Kuti utilisait déjà une forme de narration rythmée, souvent plus parlée que chantée, pour dénoncer la corruption, l’impérialisme et les violences étatiques au Nigeria. Des titres comme Zombie ou Coffin for Head of State reposaient sur une parole scandée, répétitive, presque incantatoire — une approche que certains observateurs rapprochent aujourd’hui du flow rap.
Seun Kuti insiste également sur le contexte : « Le rap est une musique de résistance. Fela faisait exactement cela, des décennies plus tôt, avec les outils et la culture de son époque. »
Une affirmation qui divise la sphère hip-hop
La déclaration n’a pas tardé à susciter des réactions. Si certains saluent une relecture nécessaire et décolonisée de l’histoire du rap, d’autres rappellent que le hip-hop est né d’un contexte social précis, celui des communautés afro-américaines de New York, mêlant DJing, MCing, breakdance et graffiti.
Des historiens de la musique soulignent toutefois que reconnaître des influences africaines ne revient pas à nier la paternité afro-américaine du rap, mais à enrichir sa généalogie culturelle.
Un débat plus large sur l’origine des musiques noires
Au-delà de la polémique, la prise de parole de Seun Kuti s’inscrit dans un débat plus vaste : celui de la reconnaissance des racines africaines des musiques noires contemporaines. Blues, jazz, funk et rap partagent tous un héritage commun fait de rythme, de parole et de résistance.
En affirmant que Fela Kuti fut un pionnier du rap, Seun Kuti ne cherche peut-être pas à réécrire l’histoire, mais à rappeler une évidence souvent oubliée : la musique noire mondiale est un dialogue permanent entre l’Afrique et sa diaspora.
























