Fela Kuti, pionnier du rap ? La déclaration de Seun Kuti qui enflamme le débat

Fela Kuti, pionnier du rap ? La déclaration de Seun Kuti qui enflamme le débat

Lors d’un podcast récent, Seun Kuti a relancé une controverse majeure dans l’histoire des musiques populaires : selon lui, son père Fela Kuti, figure fondatrice de l’afrobeat, aurait posé les bases musicales et spirituelles du rap bien avant son émergence aux États-Unis. Une affirmation qui divise chercheurs, artistes et fans de hip-hop à travers le monde.

Un héritage africain revendiqué

Invité d’un podcast culturel, Seun Kuti n’a pas mâché ses mots. Pour le musicien nigérian, le rap ne serait pas né ex nihilo dans le Bronx des années 1970, mais s’inscrirait dans une tradition orale et musicale bien plus ancienne, profondément ancrée en Afrique de l’Ouest. Il cite notamment Fela Kuti, son père, comme un précurseur ayant développé des formes de spoken word rythmées, engagées et politiques, soutenues par des grooves répétitifs — des éléments aujourd’hui centraux dans le rap.

Selon Seun Kuti, les longues tirades chantées-parlées de Fela, son rapport frontal au pouvoir et son usage de la musique comme arme politique auraient inspiré, consciemment ou non, l’ADN du hip-hop moderne.

Fela Kuti et le spoken word avant l’heure

Dans les années 1970, Fela Kuti utilisait déjà une forme de narration rythmée, souvent plus parlée que chantée, pour dénoncer la corruption, l’impérialisme et les violences étatiques au Nigeria. Des titres comme Zombie ou Coffin for Head of State reposaient sur une parole scandée, répétitive, presque incantatoire — une approche que certains observateurs rapprochent aujourd’hui du flow rap.

Seun Kuti insiste également sur le contexte : « Le rap est une musique de résistance. Fela faisait exactement cela, des décennies plus tôt, avec les outils et la culture de son époque. »

 

Une affirmation qui divise la sphère hip-hop

La déclaration n’a pas tardé à susciter des réactions. Si certains saluent une relecture nécessaire et décolonisée de l’histoire du rap, d’autres rappellent que le hip-hop est né d’un contexte social précis, celui des communautés afro-américaines de New York, mêlant DJing, MCing, breakdance et graffiti.

Des historiens de la musique soulignent toutefois que reconnaître des influences africaines ne revient pas à nier la paternité afro-américaine du rap, mais à enrichir sa généalogie culturelle.

Un débat plus large sur l’origine des musiques noires

Au-delà de la polémique, la prise de parole de Seun Kuti s’inscrit dans un débat plus vaste : celui de la reconnaissance des racines africaines des musiques noires contemporaines. Blues, jazz, funk et rap partagent tous un héritage commun fait de rythme, de parole et de résistance.

En affirmant que Fela Kuti fut un pionnier du rap, Seun Kuti ne cherche peut-être pas à réécrire l’histoire, mais à rappeler une évidence souvent oubliée : la musique noire mondiale est un dialogue permanent entre l’Afrique et sa diaspora.

F. Nava



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