Parmi les groupes qui auront marqué profondément les esprits des fans de rap français, Lunatic arrive dans les toutes premières places. Car ils ont symbolisé une "fracture" avec l'ancienne génération, celle des IAM, des NTM, des Solaar, qui rappaient avec un vocabulaire assez soutenu, de manière assez poétique. Chez Ali et Booba, le "sale" est au programme, avec des textes bien plus violents, une inspiration Mobb Deepienne évidente, et un vocabulaire plus cru, qui ressemble un peu plus à celui qu'on entend en bas des tours dans la vie de tous les jours. Le groupe aura été actif moins de dix ans, livrant au passage un album classique, "Mauvais Œil", et quelques autres projets beaucoup plus confidentiels, comme le "Black Album".
Un album qui fêtait ses 20 ans il y a quelques jours, puisqu'il est sorti en 2006, quelques années après la séparation officielle du groupe et le départ de Booba du label historique 45 Scientific. Et c'est l'une des raisons pour laquelle cet album est un peu le "mal-aimé" de la discographie de Lunatic, car il sonne un peu "faux", vu que le groupe n'existe même plus, et passe juste pour un moyen de faire de l'oseille en surfant sur le nom de Booba et Ali (ce qu'il est un peu, si on est honnêtes). Au programme : des versions live, quelques rares inédits, et des remixes... surprenants !
Des lives mythiques, mais...
On va commencer par les lives, puisqu'ils représentent une bonne partie de l'album. Forcément, les "versions live" sont un peu moins impactantes que les morceaux enregistrés en studio, d'autant plus qu'il n'y a pas de clip ni de DVD avec l'album. Cependant, on a quand même une petite affection pour certains titres live, notamment "Le Crime Paie", évidemment, que ça fait plaisir de retrouver sur un album de Lunatic (le morceau est à la base issu de la compil Hostile Hip Hop), avec un joli passe-passe en plein concert. On valide aussi "Si tu kiffes pas...", bonne énergie, enregistrement de bonne qualité, foule au rendez-vous, ça fait plaisir.
D'autres versions sont moins réussies, comme "Le son qui met la pression" : autant l'énergie de la foule semble au top, et ça devrait être le feu pendant le concert. Par contre, ça rend assez mal sur CD, avec trop de sons qui se superposent et rendent l'écoute difficile. Un peu le même constat pour "Têtes Brûlées", présent sur le disque en version live également. Cela donne un côté un peu artisanal au projet, qu'on peut apprécier... ou non.
Des remixes et des Face B intéressant(e)s
On s'attaque maintenant aux nouvelles versions de certains morceaux, clairement un des aspects intéressants du projet. A commencer par l'incroyable remix "Ni Strass ni Paillettes", avec un sample qui nous vient tout droit de Franz Schubert et de son trio pour piano N°2, qui donne à cette version un côté magique et hors du temps. De plus, le morceau s'arrête sur une grosse explosion au moment où Ali rappe "Lunatic mon groupe imbrisable", comme un symbole de la fin de l'aventure.
D'autres remixes sont un peu plus anecdotiques, comme "J'perds mon temps", ou encore "Fusion", même si clairement la connexion Arsenik/Lunatic (déjà tu recules) est toujours aussi plaisante à écouter, peu importe l'instru. La nouvelle version de "Pas l'temps pour les regrets", en revanche, avec sa prod lancinante et répétitive, on la trouve assez efficace. Moins fan de "BO", avec des couplets récupérés à gauche à droite et une instru finalement pas si folle 20 ans après. Bref, des remixes et des faces B pas très homogènes en termes de qualité, mais quelques rares pépites.
Des inédits qui tapent
On passe maintenant au dernier aspect de l'album, les inédits, qui sont clairement la meilleure raison d'acheter cet album qui est toujours disponible dans les bacs, malgré plusieurs litiges entre Booba et son ancien label. A commencer par le morceau "Tony Coulibali" qui arrive très tôt dans la tracklist, avec une instru de malade signée Geraldo, et un Booba dans un mood story-telling, qu'on ne reverra pas si souvent. Comme d'hab avec Kopp, le flow est carré, la rime est folle et inventive, clairement une des pépites de l'album.
Il faut aussi absolument parler de "Récoltes ce que tu sèmes", un solo d'Ali avec une prod qui ne semble pas aussi "vieille" que le reste du projet, et des paroles qui rappellent à tout le monde pourquoi le gars est tant respecté : spiritualité, racisme, système qui dresse les gens les uns contre les autres, et cette manière quasiment "professorale" de découper la prod, un titre vraiment bon.
Le reste des inédits n'est pas bien passionnant, ça manque d'âme et de spontanéité, à tel point que plusieurs chroniqueurs ont notamment écrit sur cet album qu'il avait été composé avec des "chutes de studio ou de la récupération". C'est ce qui fait qu'il est le mal aimé de la discographie de Lunatic, mais le projet restera quand même dans nos cœurs, car il contient de vraies pépites et qu'il a permis à des gens qui étaient trop jeunes lors des années 90, de prendre le "deuxième train" Lunatic, et ça, c'est pas rien !
























