Avec le climat actuel qui règne dans le rap US, il ne fait pas forcément bon d'encenser Drake et de lui faire des compliments. Accusations de pédophilie (même si c'est uniquement pour le troll), clash perdu contre Kendrick Lamar, le rappeur canadien est également la cible de pas mal de ses ex-potes du rap game, comme Rick Ross, A$AP Rocky, Future, Metro Boomin et pas mal d'autres artistes. Pourtant, il y a une époque pas si lointaine où personne ne remettait en cause sa domination sur le rap game, notamment assise grâce au succès du projet "If You're Reading this it's too late", qui est sorti il y a dix ans. On a décidé de se replonger dans ce classique, qui renferme pas mal de gros titres et qui a vraiment marqué les années 2010.
Drake au sommet de la hype
Drizzy a mis du temps avant d'être véritablement accepté dans le cercle des rappeurs. IL faut dire que l'artiste, en plus d'être canadien, se trimballe avec une sacrée image de "golden boy" derrière lui, puisqu'il s'était fait connaître en jouant dans une série ("Degrassi"), et qu'on voyait vite qu'il ne s'agissait pas d'un gars du hood. Pas facile pour la street cred, donc, à une époque où ça comptait encore un peu. Et s'il avait déjà sorti pas mal de morceaux en compagnie des stars du label Young Money, sur lequel il était signé, le reste de la scène se méfiait un peu du boug, qui trustait les premières places des ventes avec des singles qui ressemblaient plus à du RnB pour adolescentes qu'à du rap. Tout ça va changer avec cette mixtape, qui marque clairement un point de bascule dans sa carrière.
Ca commence pourtant assez mal, avec cette intro, "Legend", un titre tout à fait banal, malgré une belle prod de PartyNextDoor sur laquelle Drake chante comme à son habitude. Par contre, dès le deuxième track, c'est la gifle, et pas n'importe laquelle : "Energy" reste un énorme banger, et même 9 ans après, on ressent encore la puissance du titre, dont les paroles du refrain résonnent d'ailleurs curieusement avec l'actualité : "i got enemies, got a lot of enemies, got a lot of people tryna drain of my energy". Cette fois, c'est Boi-1da à la prod, elle est simple, et ça fait mouche. Quand aux paroles mi-egotrip, mi-parano, elles sont évidemment assez fausses à l'époque : personne ne veut vraiment la peau de Drake, à part les artistes qu'il samplait sans autorisation. Mais à partir de cette tape, ça va devenir de plus en plus vrai.
Drizzy en full egotrip
Globalement, cette mixtape nous montre la plupart du temps un Drake en full egotrip, loin du Drake un peu lover, un peu innocent qu'on avait pu voir dans ses premières années. Désormais, il sait que pas mal de gens qui sont autour de lui, y compris les meufs, le sont par intérêt, il agit en conséquences et nous le raconte dans les titres comme "10 Bands", "No Tellin'", ces menaces contre lui sont devenues un vrai thème pour le canadien.
Mais forcément, tout ça, c'est à cause de la réussite, donc un "mal pour un bien" en quelques sortes, qu'il célèbre avec des titres comme "6 God" ou "Star67", ou encore "Used To", en feat avec Lil Wayne, ou "6 Man". Globalement, cet egotrip est un thème très présent dans l'album, et c'est normal : comme on l'a dit plus haut, il arrive au top de sa hype, et les morceaux où il "montre les crocs" sont donc plus nombreux : venez tester le "Big Dog", voilà le message envoyé, et pour la première fois de sa carrière, c'est un peu crédible, pas comme dans "Worst Behavior".
La musicalité toujours bien présente
Evidemment, le troisième aspect qui rend la mixtape "If You're Reading This Is Too Late" intéressante, c'est la musicalité. Un aspect qui a toujours été très présent chez Drake, mais alors que les "ficelles commerciales" étaient vraiment grossières sur ses précédents projets, sur la tape, on retrouve de la nuance, et aussi une vraie diversité. A vrai dire, le projet ne comprend aucun "tube radio", ce qui n'a pas empêché certains morceaux de faire de véritables cartons en streams, comme "Energy" et ses 300 millions de vues sur Youtube.
Pour la qualité de l'ambiance musicale, on peut dire merci aux principaux architectes du projets : Boi-1da, évidemment, mais aussi PartyNextDoor, qui a produit 3 morceaux (même si ce sont clairement les 3 moins impactants), mais aussi Noah 40 Shebib et Vinylz. Des producteurs qui n'ont d'ailleurs quasiment pas quitté Drake pendant toute son ascension, et qu'on retrouvera peut-être sur ses prochains projets.