Eric Bellamy directeur de Yuma Productions : "Il va falloir faire de très gros efforts"

Eric Bellamy directeur de Yuma Productions : "Il va falloir faire de très gros efforts"
© Yannick Norhadian

Tourneur historique du rap français, Yuma Prod est dans le flou...

Le confinement a été dur à vivre pour tout le monde et si beaucoup d'entreprises en ont souffert et vont encore en souffrir, celles liées au spectacle vivant sont véritablement dans le dur. C'est le cas notamment de Yuma Productions qui fait tourner beaucoup de rappeurs français comme Ninho, 13 Block, Black M, Dinos, Damso, Da Uzi et bien d'autres. Privés de concerts, les artistes et le monde qui gravitent autour attendent un signe des autorités pour reprendre leur travail. C'est tout le sens du message d'Eric Bellamy, le directeur de Yuma Prod.

Quelle est la situation aujourd’hui de Yuma Prod ?

On est tous en chômage partiel depuis début avril. On a reporté la majorité des dates qu’on avait et qui étaient prévues après le 15 mars sur la fin de l’année 2020 et le début de l’année 2021. Ce qui est très compliqué dans notre modèle économique, c’est que l’été nous permet d’amortir les tournées en salles qui sont souvent déficitaires. Sans l’été, on est vraiment dans une situation financière compliquée mais nous, on a fait le pari que ça allait quand même jouer un peu sur la fin de l’année, à partir de la rentrée de septembre. Donc on a mis beaucoup, beaucoup de tournées reportées à la fin de l’année. Mais maintenant, on commence à se dire que ça va être très compliqué et on attend de connaître les mesures concrètes pour voir si ça reste viable d’envisager des concerts en fin d’année ou pas du tout. Ça va être ça la vraie question.

Aujourd’hui, on n’a toujours pas de réponse à cette question et pas de garanties que les concerts vont pouvoir reprendre à la rentrée.

Non, on n’a pas encore de date précise de reprise. On ne sait pas non plus si toutes les jauges vont rouvrir d’un coup, de la petite salle jusqu’à Bercy. Et puis, il y a déjà un embouteillage d’offres culturelles sur la fin de l’année parce qu’il n’y a pas que la musique qui a été reportée, il y a aussi le cinéma, le théâtre ce qui va produire une crise et tout ne va pas marcher comme avant.

C’est important aussi de préciser que reporter ne veut pas dire annuler. Mais est-ce que vous avez eu beaucoup de demandes de remboursement ?

Oui, ce qui est normal. Nous, on laisse toujours la possibilité de se faire rembourser avec une date limite. Je comprends que, quand tu as pris un billet pour un concert au mois d’avril ou mars et que ça se retrouve en novembre, décembre, tu as peut-être besoin d’avoir d’argent pour passer l’été ou faire autre avec. On a pas mal de remboursements mais ça reste minoritaire, on n’a pas eu de vague de remboursement comme on aurait pu le craindre au début.

Il n’y a pas d’effet de peur de se retrouver dans une foule ? Ça veut dire qu’il y a encore une envie d’aller en concert ?

Oui. Je l’ai vu quand on a lançait La Cigale de Kaza au début du confinement avec une date initiale au mois de juin, on s’est dit que ça allait quand même être très compliqué et on a vendu 400 place dans la nuit. Bon, c’était la semaine de sortie de l’album, mais on ne s’attendait pas à ça. Les gens ont tout de suite adhéré et se sont tout de suite jetés sur la billetterie donc c’est plutôt rassurant. La tournée d’Eva Queen continue à bien vendre même si ce n’est pas le même rythme qu’avant. C’est variable selon les spectacles. La tournée de Maes qui partait vraiment fort s’est ralentie, c’est vraiment du cas par cas parce qu’on a quand même remplit le deuxième Bercy de Ninho en même pas une semaine alors qu’on était au début du confinement.

Ce qui va peut-être être difficile, c’est de gérer autant de tournées en si peu de temps. Là, tout le monde est au chômage partiel et tu vas peut-être devoir recruter pour faire face à tout ça…

C’est exactement ça, c’est pour ça qu’on a anticipé et qu’on a prévu plusieurs scénarios : le cas où les tournées Zénith ne peuvent pas se faire mais les autres si, le cas où rien ne se fera, le cas où il y aura un peu des deux. Moi ce que je crains réellement, c’est la viabilité en fonction des mesures qui vont nous être imposées. Il va falloir qu’on calcule si c’est viable de maintenir certaines dates.

Même si la salle est globalement pleine ?

Déjà il y a ce problème-là parce que ce qui se dit c’est qu’on aurait une place sur deux ou une place sur trois sur des jauges assises, non pas de spectacle debout. Ça, c’est ce qui s’est dit au début. Maintenant, ils ne disent plus rien… La seule chose sûre, c’est qu’il y aura des réductions de jauges. Maintenant, qu’est-ce qu’on va faire de la billetterie de gens sur les spectacles complets. Comment on va choisir ? On a vendu 2000 billets, la nouvelle jauge de la salle, c’est 1500, comment on décide de rembourser 500 personnes ? Ce sera forcément arbitraire.

Ce n’est pas rentable de faire une deuxième date ? En séparant 1000 et 1000 plutôt que 2000 ?

Il va falloir une vraie discussion entre tous les acteurs pour savoir si économiquement c’est viable mais si personne ne fait d’efforts, c’est sûr que ça ne marchera pas. Il va falloir faire de très gros efforts donc je ne suis pas sûr qu’on y arrive.

Tout semble très flou. Qu’attendez-vous réellement ?

On veut le descriptif clair des mesures sanitaires qui vont être imposées aux salles, une date de retour des concerts claires et savoir si toutes les jauges vont ouvrir en même temps ou si on ouvre progressivement en fonction du nombre de personnes. Et puis ensuite, il y a aura une autre discussion à savoir qui prendre en charge les mesures sanitaires imposées puisqu’on parle de fournitures de masques, de gel à l’entrée, de peut-être caméras thermiques ou de thermomètre-pistolets pour tester la température des gens à l’entrée. Ça voudra dire aussi que la fouille sera plus longue donc il va falloir ouvrir plus tôt et puis comment on va s’organiser là-dessus. Est-ce que le personnel de sécurité des salles sera à même de faire ça ou va-t-il falloir prendre des gens en plus ? On a besoin de savoir tout ça. Mais à mon avis, personne ne dira rien avant début juin voir si l’épidémie repart fort ou pas et voir aussi ce que font les autres pays européens.

Est-ce que ta société est en péril ?

Heureusement, j’ai vendu la majorité de mes parts à une société qui s’appelle Olympia Production, qui appartient au groupe Vivendi qui me permette aujourd’hui d’affronter cette crise avec des facilités de trésorerie mais les pertes estimées cette année si jamais il n’y a rien seront colossales, je n’ai jamais connu ça de ma vie. Ça va être très difficile de remonter ça et je pense qu’il va y avoir forcément des tourneurs qui ne vont pas s’en remettre et ça va accélérer pour moi la concentration.

Propos recueillis par Grégory Curot



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