Les liens sacrés : l’autobiographie de la Mafia K1fry par Manu Key II/IV

Les liens sacrés : l’autobiographie de la Mafia K1fry par Manu Key II/IV
Manu Key et ses trois frères aînés. Crédit photo: DR

Les liens sacrés, premier livre du rappeur Manu Key. Publié aux éditions Faces Cachées et Hors-Cadres et préfacé par Kery James, cet ouvrage autobiographique vient considérablement enrichir les archives du rap français. Après que le public ait découvert, adulé et repris la Mafia K1Fry; l’auteur nous offre aujourd’hui l’occasion de découvrir l’histoire de sa constitution.

Par SK. L’Odyssée de cette Mafia hors-norme est à la fois fortuite et logique. C’est à l’aîné Manu Key que l’histoire la doit. Tout commence un après-midi d’été, à la MJC de Orly, dans le Val de Marne. Lorsque Manuel Coudray, de son vrai nom, invite le jeune Alix Mathurin aka Kery James-qui l’observait jusqu’alors danser à travers la vitre à rejoindre la répétition-se noue une relation fraternelle quasi immédiate. C’est ce jour-là, du début des années 1990, que se forgent les liens sacrés. Ces liens qui enfanteront la Mafia K1fry. 30 ans plus tard, le OG discret nous livre enfin ce récit. Le sien, et celui de la formation de ce collectif qui deviendra et demeurera l’étendard du 94.

 

Être un homme

Ce récit est l'occasion de faire plus ample connaissance avec le très réservé Manu Key. Essentiellement cité par les artistes qu'il a introduits dans l'industrie, il aura fallu attendre cet ouvrage pour enfin savoir qui est l'homme. Être un homme, justement, est l'une des thématiques transversales des « Liens Sacrés ». Sa biographie est celle d'un enfant d'immigrés français.Citoyens par la loi de départementalisation (1946), les Antillais ne sont pas les migrants de la préfecture ; néanmoins, leur parcours d'intégration est similaire aux autres exilés en plusieurs points. Les parents de Manu Key arrivent en métropole via le Bureau d'immigration des départements d'Outre-Mer (Bumidom). Fonctionnaires, ils découvrent la vie à des milliers de kilomètres de leur Guadeloupe natale, l'accès difficile à la propriété, les promesses brisées d'un avenir supposé meilleur et le combat pour élever des enfants :


"Le crédit contracté, les quatre enfants à charge et le coût de la vie ont eu de lourdes conséquences sur la situation financière de mes parents. C'était en réalité pour ça qu'ils nous éloignaient du foyer chacun notre tour." P.27


Une famille disloquée, une fratrie constamment séparée et la rage d'une mère qui se débat pour ne rien laisser paraître. Tristement classique, le foyer Coudray deviendra matrifocal, d'après le modèle afro-caribéen qui veut que la mère demeure le pilier de la famille... après que le père a déserté (ou « après la désertion du père »). Car le père, cette fois encore, déserte, fragilisant l'équilibre déjà bancal de la tribu :


"Le départ de mon père a engendré un énorme choc émotionnel chez ma mère qui est tombée en dépression, avant de sombrer dans l'alcool." P.31


Dans ce schéma, particulièrement lorsqu'on est un jeune garçon, difficile de se construire. Les frères aînés n'étant pas là, impossible de trouver un modèle valable. Faisant fi des parcours individuels, l'État, lui, entend bien sacrifier ces jeunes hommes à la guerre, autrement dit, en faire des adultes, à travers le service militaire. Pour beaucoup d'entre eux, il sera question d'esquiver ce devoir civique. "Je ne veux pas aller au service militaire..." souvenez-vous de cette lyrics présente dès les débuts de rappeur de Manu Key. Pour y parvenir, la créativité est de mise ; on se fait passer pour fou ou handicapé. Et ça marche, parfois :


"Quelques jours plus tard, un courrier est arrivé m'informant que j'étais définitivement réformé P4, c'est-à-dire inapte au service militaire." P.39

 


Après des mois d'errance professionnelle, adulte, Manu Key déscolarisé depuis belle lurette, fait enfin la rencontre salutaire de ses deux passions : le basket et le hip-hop. Il s'investira d'abord dans les deux avant de se jeter à corps perdu dans le rap. Ces deux activités lui permettent de faire abstraction des tentations de la rue et de rester concentré sur ses objectifs. Toutefois, dans sa vie sentimentale, la question d'être un homme reviendra évidemment, alors que son premier amour rêve de stabilité alors que lui s'épanouit en tant qu'adulescent...Survivant à une tentative de reconnexion ratée avec un paternel dénué de regrets, c'est en structurant son rêve artistique que Manu Key est finalement devenu cet homme. L'urgence de résister, en dépit du chaos. Survivre. Un des codes de la Mafia plus tard. Ainsi, porté par la force des choses, il se forge un mental d'acier qui, en plus de lui épargner l'absurdité d'une vie sans but, le pousse naturellement à prendre sa place auprès des plus jeunes. A-t-il jamais vraiment eu un père ? En tout cas père, il l'a été, d'une certaine manière pour les jeunes d'Orly, de Vitry et des alentours qui ont respectueusement accepté son autorité. En commençant par le jeune Kery qu'il prend sous son aile, devenant le relais de confiance auprès de sa mère. Manu key, c'est le grand du quartier qui rassure et sait instaurer une relation de confiance avec les parents. C'est celui grâce à qui on peut sortir tard sans te faire trop disputer ; le visa. Ce rôle, il le prend à cœur et c'est aussi cela qui participe à la légende de la Mafia K’1 Fry : un collectif de rap mais avant tout, un noyau familial dirigé avec bienveillance par l'aîné du clan.


L’épopée ne s'arrête pas là. Si l'histoire de cette équipe se devait d'être racontée, c'est parce que cette formation et cet héritage vont bien au-delà de la musique. Si être un homme c'est faire une clé de bras au destin, il était logique que naissent au sein de la Mafia de brillants entrepreneurs dont vous n'auriez peut-être jamais imaginé l'affiliation...



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