Rencontre avec Mouloud Mansouri - Partie 2 : Anecdotes

Rencontre avec Mouloud Mansouri - Partie 2 : Anecdotes

À l'occasion des dix ans de l'association Fu-Jo, nous avons reçu son fondateur Mouloud Mansouri. On a demandé au président de Fu-Jo de répondre instantanément à des questions sur cette aventure riche en émotion.

Mouloud Mansouri a créé l'association Fu-Jo en 2008. Le concept est simple et  audacieux : il s'agit d'organiser des concerts entre les murs des prisons , rendus possible grâce aux fonds récoltés lors de concerts Hip-Hop Convict à l'extérieur. Retour sur des moments forts avec son fondateur, après une première partie d'interview

  • Le meilleur moment ?

On dit souvent que c’est le dernier. Mais, je ne sais pas choisir un moment en particulier, en tout cas, ce concert-là (celui de Niska à Nice, NDLR) était énorme… Globalement, c’est rare que j’aie été déçu.

  • Le plus fou ?

Le festival Hip-Hop Convict en prison. C’était ouf, l’affiche était ouf, avec la Shtar Academy en première partie et Némir, Cut Killer, DJ RH, Kery James, Médine, Niro et Psy 4 de la Rime au complet. On avait monté une scène à l'extérieur comme dans un festival, les artistes n’en croyaient pas leurs yeux. J’avais fait faire des t-shirts orange à tous les détenus avec le logo Hip-Hop Convict écrit en noir et le contraire pour les artistes. Il y avait plus de détenus autorisés que d’ordinaire, une partie du public venait de l’extérieur. L’administration pénitentiaire flippait tellement, ils avaient mis des snipers sur les toits. C’était le truc le plus fou qu’on ait fait. Mais pas le meilleur moment, je stressais trop pour que tout se passe bien.

  • Le plus galère ?

Il y a tout le temps des galères, ce n’est jamais simple. Il y a même des projets où même les détenus ne comprenaient pas pourquoi je faisais ça, je me suis même pris la tête avec certains d’entre eux, à Nanterre. Finalement, au bout d’un moment, ils comprenaient et finissaient par s’excuser. Ils ne captaient pas comment un ancien détenu pouvait faire ça, l’un deux pensait que ce n’était qu’une question d’oseille. Une fois, on avait fait un projet soutenu par la Fondation M6, la responsable de la fondation était venue sur place, je l’avais remerciée car elle nous avait un peu aidé et elle m’a repris pour me dire qu’elle m’avait quand même “beaucoup” aidé. Quand elle a dit ça, les mecs ont compris que j’avais encaissé un énorme billet pour l’évènement en question. Ils ont mis du temps à croire la vraie valeur que nous avait prêté la fondation, qui n’avait participé qu’à un dixième du budget. Mais ce genre de quiproquo est très rare.

 

Niska avant son concert en prison. 

 

  • Le plus émouvant ?

Il y a deux étés, on a organisé des ateliers DJ chez les femmes à Versailles, les détenues m’ont tellement fait de peine... Leurs conditions d'incarcération sont vraiment dures. Il y avait dix-sept places alors qu’elles étaient soixante-dix en tout. Elles étaient quatre-cinq par cellule, en plein été, sur des matelas par terre, c’était pire que chez les mecs. Parfois, elles arrivaient en pleurs aux ateliers, il y avait toujours des embrouilles, c’était dur. J’y étais retourné plusieurs fois durant l’été, leur amener des goûters, etc.

  • Celui que tu n’as pas pu faire venir parce qu’il avait un casier ?

Certains artistes ont pu venir malgré leur casier, mais ce n’est pas toujours le cas.  L’administration pénitentiaire est en train de vérifier pour Maes, comme je sais qu’il est encore sous contrôle judiciaire, ça peut être compliqué, j’espère que ça se fera quand même, on pourrait même faire une date à laquelle Booba pourrait intervenir sur “La Madrina”. Je suis en train d’insister. Si tu vois Maes en prison, tu auras compris que j’ai réussi. Il y a aussi le cas de PNL, il faut absolument que je les fasse venir en prison, leur musique touche tellement de monde, dont les mecs de quartier : il faut aussi que les mecs de prison les entende. J’ai jamais fumé de ma vie, mais quand j’écoute PNL, je peux imaginer ce que ça fait… Je veux leur faire découvrir ça.

-Celui qui est venu le plus souvent ?

Nekfeu a participé à tous les projets : deux Hip-Hop Convict, deux concerts en prison, il fait partie de la Shtar Ac’, il a encore beaucoup ce côté humain qui prime, que tous les artistes devraient garder. Parfois, ce ne sont pas les artistes eux-même mais leur management, leur entourage qui court-circuitent les projets.

-Celui que tu n’as jamais réussi à avoir ?

Manu Chao, ça fait sept ans que je suis en contact avec son manager et qu’il me fait tourner en rond.  

-Celui que tu rêverais d’avoir ?

Je ne rêve pas, je n’ai plus de rêves. Enfin j’en ai, mais pas là-dedans. Mes rêves c’est l’amour, tout ça, ce n’est pas de faire des trucs en prison. Mais plus sérieusement, j’avais essayé de faire Nas, mais ça n’a pas marché. C’est une autre chose propre aux cainris, ils demandent de l’oseille. On avait négocié, ils voulaient 50 000 euros ! C’était à l’époque où la Fondation M6 nous filait un peu d’oseille et je leur avais demandé de financer ce concert, ils ont refusé. Je n’ai jamais payé les artistes, je ne vais pas payer un cainri, chacun doit y mettre du sien et les artistes donnent beaucoup quand ils viennent jouer gratos. Ils connaissent le projet, ils sont motivés.

-Propos recueillis par Anaïs Koopman

 



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